Un rendez-vous solennel, à la mesure de la tâche qui attend les hommes du 27e BCA et sans doute - même si elle n'est guère exprimée - de l'inquiétude de leurs proches, forcément marqués par la mort de 10 soldats français le 18 août dernier.
Le 19 octobre 2008 a eu lieu, au siège du bataillon haut-savoyard, une réunion d'information pour les familles, avant le départ pour l'Afghanistan où près de 700 chasseurs alpins annéciens vont être "projetés", selon la terminologie militaire, pour une mission de 6 mois. Y assistaient le préfet, les députés Bernard Accoyer et Lionel Tardy, ainsi que les maires d'Annecy, Seynod et Cran-Gevrier.
Les hommes du 27e BCA seront installés dans deux camps, dans la vallée de la Kapisa
Le colonel Le Nen, chef de corps du bataillon, a présenté la mission et évoqué les aspects pratiques du séjour de ses hommes. Tout juste de retour d'Afghanistan où il est resté 10 jours, l'officier a montré aux familles des images fraîches des deux bases militaires où seront installés les soldats.Toutes deux se situent dans la vallée de la Kapisa au nord-est de Kaboul, longue de 57 km et large de 60, bordée de sommets qui culminent à 4500 mètres d'altitude. «On sera exactement dans notre coeur de métier, la montagne», a souligné le colonel Le Nen.
«Très verte» et ressemblant «un peu au bocage normand» avant l'hiver, cette vallée sera, au moment du séjour des Alpins, recouverte de neige.
Les deux bases du 27e BCA se trouvent dans deux villages, Tagab et Nijra.
La mission ? «Du contrôle de zone et des opérations de ratissage» consistant à «capturer ou détruire l'ennemi qui s'y dévoile.»
La "task force tiger", ainsi baptisée par référence au tigre qui orne l'insigne du bataillon, sera incluse dans le commandement de la région Est dirigé par l'armée américaine.
Un gage de sécurité selon le colonel Le Nen, «car l'on bénéficiera d'appuis exceptionnels.» En outre, les camps français sont à 10 minutes d'une base aérienne, ce qui n'était pas le cas pour les soldats français tués il y a deux mois.
En ce moment, la situation est très calme, je n'ai pas entendu un coup de feu en dix jours», a insisté le chef de corps, en soulignant que même si «l'on est en situation de guerre, on ne fait pas n'importe quoi : toutes les opérations sont planifiées très à l'avance.»
Ses propos auront-ils rassuré complètement les familles ?
Difficile de connaître les sentiments de ces dernières. La plupart se cantonnent au discours stéréotypé, «il doit y aller, c'est son métier.» Il faut dire qu'elles ont été invitées à se méfier des journalistes, soupçonnés de vouloir «faire du sensationnel»...
Le traumatisme du 18 août est encore présent, y compris pour l'institution.
Seule, à l'extérieur de la salle, la mère d'un soldat venue des Alpes-Maritimes, exprimait ouvertement (mais anonymement) sa peur et son opposition à la mission à laquelle va participer son fils de 20 ans : «Cette guerre n'est pas la bonne. Ce sont nos jeunes qui vont là-bas et ce n'est pas acceptable. Si mon fils meurt, je vous dis qu'on ne l'enterrera pas aux Champs-Élysées et qu'on m'entendra !»
REPÈRES
QUI PART QUAND ?
240 soldats partiront le 19 novembre, 215 autres le 28 novembre et les 185 derniers le 8 décembre. Ils seront inclus dans une coalition à laquelle participent 39 pays dont 24 de l'Union européenne, et 48 400 soldats au total dont 18 000 Américains et 2 900 Français.
LES CAMPS
«C'est un peu Fort Saganne», selon le colonel Le Nen. Entourés par un mur de protection en terre recouvert de tissu, ils disposent des commodités essentielles. Les soldats séjourneront sous des tentes aménagées et «mises en condition d'hivernage», c'est à dire recouvertes de laine de roche et de bois et chauffées. On s'en doutait un peu, ce n'est pas le rhume que les hommes du 27 redouteront le plus là-bas.
LES CONTACTS AVEC LES FAMILLES
Outre le courrier (10 jours pour l'acheminement) et le téléphone portable (l'Afghanistan n'est nullement arriéré dans ce domaine), les soldats pourront communiquer avec leurs proches par courrier électronique. Les deux camps ont été équipées d'ordinateurs avec connection internet et webcams.
LA PRISE EN CHARGE DES FAMILLES
A opération exceptionnelle, prise en charge attentive. Le bataillon a programmé une conférence-débat sur la "gestion du départ du conjoint" et organisera un repas des épouses, un dimanche par mois.